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les espaces numériques d'utilisation commune et leur protection

Nous sentons bien que la continuité des relations et des services créés par la convergence numérique (internet, téléphones, portables, télévision, musique, radio etc.) ne peut être un pas positif que si elle ne conduit pas à un monde unique, mais au contraire protège la diversité, développe la personnalisation, permet des relations et des aides nouvelles.

Pour cela il faut que les différents espaces numériques que nous voulons pouvoir nous ménager et utiliser, personnels, familiaux, locaux, régionaux, culturels, nationaux, etc. puissent se constituer facilement, être protégés des influences externes non désirées et facilement enrichis des valeurs communes de leurs participants. Avec l'aide et non le contrôle des intérêts commerciaux.

Ceci se fait en les dotant d'une "métastructure" propre, c'est à dire de références communes (nommage, adressage, formats, vocabulaires, annuaires, informations, documentation, programmes, services, règles et usages, etc.) qui vont structurer leur environnement interne, confiner les risques externes, permettre à ses membres de développer leur culture propre et accueillir les visiteurs qui pourront bénéficier plus facilement d'un interface avec leurs propres référentiels (par exemple : un outil de traduction, un guide de visite, etc).

Le rôle de l'AFRAC est d'être un conservatoire actif pour l'indépendance, la protection et la création de ces références au niveau national. Il est l'interface des données internationales dont il protège des dysfonctionnements accidentels ou volontaires, à qui il cache l'intelligence économique de l'usage national et dont il assure la compatibilité des formats de présentation. Il est au service, par subsidiarité, de tous les centres référentiels culturels, économiques, locaux et personnels nationaux. Ceci veut dire qu'ils peuvent lui demander, selon des formats standardisés, ou à standardiser en concertation, tout ce qui leur est commun au niveau national et international et ajouter ce qui est propre à chacune de leur communauté. Ils peuvent en attendre le respect de la souveraineté nationale pour les données sensibles et en cas de crise.

Ce rôle se poursuit bien entendu par la participation à l'innovation et à la recherche et par le conseil de la concertation des décisionnaires (intergouvernance).


Lorsque nous utilisons un système numérique tel que le web, les SMS, la VoIP, les web services, nous faisons appel à trois grandes familles de solutions techniques qui ont chacune leurs spécificités et complexités grandissantes :
  • les télécommunications qui fournissent une bande passante ou l'information est sous forme de signal électrique. Sa complexité devient très grande avec les besoins de ce que l'on appelle l'ubiquité intelligente (continuum d'accès) avec des puissances d'émission qui vont sans cesse diminuer et un nombre d'utilisations, et donc de transmissions, en croissance vertigineuse du fait des mobiles, du droit aux services digitaux, du téléurbanisme, de l'immotique, de la télématisation des véhicules, des objets, etc. Avec les machines elles forment l'infrastructure de la continuité numérique que nous utilisons.

  • les datacommunications qui acheminent l'information sous forme de données paquetisées entre les logiciels applicatifs des ordinateurs. Leurs protocoles tels que la pile TCP/IP, Ethernet, X.25 et les logiciels de communications qui les font fonctionner sont la structure même du système dont nous dépendons vitalement de plus en plus, autant que des autres grands écosystèmes comme l'air, l'eau, l'énergie.

  • les interapplications, dont on n'a encore pas totalement modélisé la métastructure qui les supporte et que nous retrouvons partout sous la forme de paramètres (port des sockets), plans de numérotation (téléphone, IPv4/6), de systèmes de nommage (DNS), de format d'organisation des données (XML, ASN.1), d'organisation des données (MPEG), etc. Ce sont les référentiels qui permettent à des applications totalement étrangères de comprendre et de travailler, ensemble à travers le réseau, sur une information redevenue à distance les objets virtuels autonomes créés par leur auteur et que nous pouvons utiliser : textes, voix, morceaux de musique, films, etc. accompagnés de leur mode d'emploi, droits d'auteurs, durée de vie, etc.
Le domaine de l'AFRAC est le domaine du support des interapplications par l'apport des référentiels, des outils logiciels, de la sécurité, de la confidentialité dont leurs utilisateurs ont besoin. L'utilisation de l'information se fait dans cinq grands contextes :
  • l'écoute : je reçois l'information est reçue. La métastructure qui supporte la réception doit être celle de l'émetteur. Si je regarde un feuilleton à la télévision, je dois avoir acquitté sa redevance, connaître sa langue, avoir vu l'épisode précédent etc.

  • le soliloque : je me donne l'information à moi-même, par exemple, j'écoute un enregistrement de musique. Je suis maître de ma métastructure. Je vais la régler pour éviter d'être dérangé : je décroche mon téléphone, je bloque mon fire-wall, je fais répondre un message d'absence à mes mails, etc.

  • le monologue : je diffuse l'information aux autres. Il convient alors que je m'assure que leur métastructure est bien la mienne. Inutile de monter un beau site internet si mes lecteurs n'ont pas mon nom de domaine ou si mon serveur de noms pointe sur la mauvaise adresse IP.

  • le dialogue : je partage l'info avec un autre et donc sa métastructure, parfois tellement intimement que je partage jusqu'à la structure de mon propre système : par exemple le partage de fichier en P2P.

  • le polylogue : j'interagis avec tous (ce que l'on peut appeler le 3N3 ou TNT, le tier 'n' tier) ce va me demander une très grande ingéniosité pour "percer" : identifier, trouver, obtenir et me faire entendre de l'audience que je vise, souvent par ricochets complexes (DNS, listes de diffusion, etc.) et poursuivre avec les uns ce que je reçois des autres. La raison de l'attrait du mail qui est notre outil de polylogue simple par excellence, les news, les forums, les chats, etc.
L'on mesure par-là combien nous dépendons de la métastructure. Et donc combien nous la voulons fiable, selon nos besoins ou notre décision propre ou de la communauté à laquelle nous participons ou à la quelle nous voulons nous restreindre en permanence ou à un moment donné. Et donc combien elle nous soutient, nous façonne, nous protège, nous révèle ... et donc combien sa maîtrise représente d'attraits commerciaux, politiques, et combien elle peut être une cible de malveillance, une source de périls individuels, communautaires ou globaux en cas de dysfonctionnement fortuits ou volontaire et sa perte une perte vitale. Comme l'air ou l'eau. Nous sommes devenus dépendants de l'information, à travers notre contrôle télénumérique de nos fonctions et moyens vitaux, et combien ce contrôle est lui-même dépendant de ses référentiels qui sont en fait son mode d'emploi, son langage de commande, etc. c'est à dire le moyen de sa bonne intelligence avec nous et notre environnement, celui que nous avons et celui que nous voulons.

Quels sont en fait ces référentiels ?

Si l'on réfléchit bien à ce dont nous avons vraiment besoin ce n'est pas grand chose car nous sommes en réseau : nous avons simplement besoin de savoir où c'est, comment cela se présente et parfois d'avoir l'ouvre-boîtes (clé, programme de recherche, d'extraction). En fait, en temps ordinaire, nous ne voulons pas en savoir plus : cela empêcherait l'évolution, l'innovation. Nous n'avons pas besoin d'autre chose que du "fichier racine".

Un cas typique est le DNS, le système de nommage de l'internet. Son fichier racine est seulement la liste des numéros des quelques 730 ordinateurs qui hébergent les 1330 copies des 260 suffixes .com, .net, .fr etc. Un fichier de 15 K compressés, mis à jour deux ou trois fois par semaine.

Un autre exemple qui est si simple : le "11". C'est la seule information à connaître pour savoir téléphoner. Mais sans elle un étranger est perdu. Son référentiel du téléphone en France est le fichier "11" où il va découvrir le sésame "1011". Ensuite il va utiliser le référentiel de la langue française pour découvrir que pour téléphoner chez lui il faut entrer "00". J'ai eu le cas d'un prix Nobelisant à Roissy qui a du mettre une heure pour extraire cette information du continuum non numérique du personnel de l'aéroport.

Comment voulons-nous ces référentiels ?

Nous les voulons sous la main. A notre disposition, selon notre décision d'autorité indépendante. En cas de difficulté nous voulons une copie de sauvegarde de ce que nous aurions du trouver grâce à eux, et l'assurance de données adaptées à la situation en cas de crise. Nous voulons pouvoir être sûrs que cette information est exacte. Nous voulons que notre vie privée, notre intelligence économique, notre sécurité nationale soient protégées par l'ignorance d'autrui quant à nos recours et à nos choix d'utilisation. Nous voulons être informés des risques et des menaces qui pèseraient sur ces données et voir la source de ces périls confinée. Nous voulons la traçabilité des dysfonctionnements et la protection de la loi quant à leur sérieux et en cas d'erreur. Nous voulons être assurés d'avoir le meilleur service possible et le meilleur avantage sur la concurrence internationale, par la recherche, le développement et les tests de validation.

Une fois ceci bien mesuré, il est facile de comprendre le rôle de l'AFRAC. Pour chacun de ces référentiels elle va procéder en trois étapes :
  • la surveillance, la documentation et la copie des données sur un centre national et son réseau de mise à disposition. Ceci assure la sûreté de l'usage, le confinement des risques externes, la protection des données sensibles déduites de l'analyse des comptes-rendus d'utilisation.
  • la recompilation autonome pour disposer de la maîtrise de ces données. Ceci assure la vérification de l'exactitude des données et la capacité d'adaptation aux conditions d'une situation de crise.
  • la recherche et le développementquant à la présentation des données, leurs synergies d'utilisation, leur intelligence numérique (protection de l'écosystème numérique global) et économique (protection de l'économie nationale et européenne), leur mise à disposition adaptée (réseau diffusion) et le conseil à l'innovation technique, économique, sociétale et politique.

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mise à jour le 25/05/2005 04:12:41